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AVALI avali, a rivistablog primurosa di u spannamentu di a pruduzzioni litteraria corsa d’oghji, ma à tempu locu di baratti è di critica suciali.

Une nuit de terreur longue de dix-sept ans

marceddu



" On amena Victor et on lui ordonna de mettre les mains sur la table. Dans celles de l’officier, une hache apparut. D’un coup sec il coupa les doigts de la main gauche, puis d’un autre coup, ceux de la main droite. On entendit les doigts tomber sur le sol en bois. Le corps de Victor s’écroula lourdement.

On entendit le hurlement collectif de 6 000 détenus. L’officier se précipita sur le corps du chanteur-guitariste en criant : " Chante maintenant pour ta putain de mère ", et il continua à le rouer de coups.

Tout d’un coup Victor essaya péniblement de se lever et comme un somnambule, se dirigea vers les gradins, ses pas mal assurés, et l’on entendit sa voix qui nous interpellait : " On va faire plaisir au commandant. "

Levant ses mains dégoulinantes de sang, d’une voix angoissée, il commença à chanter l’hymne de l’Unité populaire, que tout le monde reprit en choeur. C’en était trop pour les militaires ; on tira une rafale et Victor se plia en avant. D’autres rafales se firent entendre, destinées celles-là à ceux qui avaient chanté avec Victor. Il y eut un véritable écroulement de corps, tombant criblés de balles. Les cris des blessés étaient épouvantables. Mais Victor ne les entendait pas. Il était mort. "


L’homme qui écrivit ces lignes, témoin oculaire de l’assassinat du chanteur populaire Victor Jara, est l’écrivain Miguel Cabezas. Par son Récit d’une journée sanglante au stade Chile, il put révéler, les derniers moments de l’artiste et la barbarie des militaires de Pinochet, dans un des lieux de torture les plus connus :le Stade du Chili dans la capitale, un stade de boxe qui servit de cadres à de nombreux festivals de la chanson du temps de l’Unité populaire.

Quand se déroule le meurtre, le général Pinochet règne depuis plusieurs semaines sur le Chili et les disparus et les morts se comptent déjà par plusieurs centaines. Le vieillard souffreteux d’aujourd’hui a alors cinquante-huit ans et nourrit une haine farouche pour tous ceux qui de près ou de loin, ont participé et cru à la belle aventure de l’Unité populaire, commencée trois ans plus tôt par l’élection à la présidence du Chili de Salvador Allende.


Le mardi 11 septembre 1973, l’aviation bombarde et les chars prennent d’assaut le palais de la Moneda où se défendent armes à la main et jusqu’à la mort le chef de l’État élu et une poignée de fidèles . Dans les heures qui suivent une longue nuit de terreur s’abat sur le Chili .Elle durera dix-sept ans.
Le 1er octobre 1973, dans un rapport de synthèse, l’attaché naval américain s’émerveille de la réussite du putsch, " proche de la perfection ". La répression est foudroyante, à la fois programmée, systématique et ciblée.
La DINA, la police secrète créée en novembre 1973 la mène d’une main de maître .Cette " direction nationale du renseignement ", dont l’emblème était un poing d’acier fermé sévit sous la direction du général Contreras. Mais jusqu’à sa disparition en 1977, la DINA reste placée sous l’autorité directe du général Pinochet.

La répression se traduit par l’exécution de centaines d’opposants et de représentants syndicaux en quelques semaines : les enquêtes ultérieures feront état de 1 271 assassinats en moins de trois mois. Les deux grands stades de Santiago - le stade du Chili et le National - deviennent les symboles de la répression la plus féroce :on y torture, on y tue.

Plus de 7 000 personnes y furent parquées et déportées. Le couvre-feu imposé après le putsch facilite les rafles la nuit. Au petit matin, le long des avenues de Santiago, la population découvre les corps suppliciés. Un million de Chiliens réussissent en plusieurs mois à prendre le chemin de l’exil échappant à la mort ou à la déportation dans les camps de concentration de la dictature qui s’ouvrent dans tout Chili , comme celui de Chacabuco, au nord du pays ou de Penalolena près de la capitale. On apprend par leurs témoignages, l’horreur dans laquelle est plongé le Chili.

" Au Chili, pas une feuille ne bouge si moi je ne la bouge pas ", aimait répéter Augusto Pinochet, du temps où il exerçait le pouvoir. Les Chiliens se souviennent de tels préceptes :vingt ans après le coup d’État, dans le cimetière de la capitale, sur un mur de 30 mètres de large sont gravés plus de 3 500 noms. Ce sont ceux des disparus et des victimes de la dictature entre 1973 et 1990.



Dominique Bari
Humanité
di u 13 di ghjinnaghju 2000

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