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AVALI avali, a rivistablog primurosa di u spannamentu di a pruduzzioni litteraria corsa d’oghji, ma à tempu locu di baratti è di critica suciali.

TRAHISON

marceddu




   « Tiens ! Si je te racontais un bon coup ». Tatave se cala sur sa chaise, respira un grand coup, plia ses mains sur son ventre, « alors » dit-il. J’allumais une sèche, dans le souffle de la fumée  je commençais : « eh bien, voilà… » Je racontais mon équipée sauvage rue St Denis en n’omettant aucun détail, sauf un, le moment de la débandade.

   J’étais content de mon récit, de moi, par contre Tatave me déçut. Pour lui, c’était du déjà vu, du déjà vécu, du consommé en somme. J’arrivais encore vingt temps plus tard ! Il me regarda longuement en silence. Pour briser cette situation oppressante je me mit à le questionner sur le syndicat. – « Que veux-tu savoir au juste, on en a déjà parlé. » - « Oui, mais tu ne m’as toujours pas dit pourquoi tu as quitté ».

   À nouveau ce fut le silence. Nous étions seuls, deux égarés au fin fond de l’allée centrale. Les trois quarts de l’usine étaient dans la pénombre, les souffleries d’air chaud venaient de s’arrêter, mes oreilles oubliaient peu à peu leur ronronnement. Tatave glissa un doigt noirci de fonte sur le bord de ses lèvres. Il hésitait ou alors il réfléchissait comment répondre à ma question. Enfin décidé, il vida son sac : « comme tu le sais, j’ai été membre de la CGT de 1947 à 1968. Durant toute cette longue période je croyais dur comme fer à tout ce que je faisais, entreprenais au nom du syndicat, c’est-à-dire que je cassais aussi bien du chef que du flic ou du trotskard. Dans le temps, nous étions plus soudés, peut-être qu’il y avait plus de misère ou plus voyante qu’aujourd’hui. Tiens, par exemple, la grève de 1947 fut pour moi quelque chose d’important, je pouvais enfin clouer le bec aux anciens qui n’arrêtaient pas de nous « bassiner » avec 1936.

  Quel handicap psychologique pour nous, les jeunes, cette victoire de 36. Pour eux, nous étions des minus, rien de ce que nous pourrions faire ne pourrait égaler voir dépasser ce grand mythe.

   Pourtant nous passâmes 36 à la trappe avec la grève insurrectionnelle de 1947, comme celle-ci fût à son tour gommée par celle de 1953 et ainsi de suite. 1947 ! Oui, ma grève ! Je n’ai pas eu de mal à choisir mon camp, immédiatement j’ai adhéré au syndicat pour me faire tout de suite les dents sur les premiers CRS créés par cette ordure socialiste de Jules Moch. Ça c’était de la bagarre, une vraie insurrection ! Les boulons, ça volait, les bouteilles d’acide sulfurique, itou… nous avons même fait des prisonniers en défonçant un de leur car avec un tracteur…

   Cette grève m’a tenu le cœur au chaud pendant longtemps. Je croyais ferma à notre victoire. Oui, un jour, c’est certain nous ferions la peau à tous ces salauds d’exploiteurs. À cette époque, c’était dur d’être militant syndical, c’était le temps du « joyeux retroussage » de manches, la France à reconstruire, la production, le profit à relancer… tout ça sur fond de plan Marshall et de guerre froide. Faut dire que le respect du droit syndical n’embarrassait pas les patrons. Après une grève, tu pouvais être foutu dehors aussi facilement que tu souris. Regard, en 53 nous avons été trois mille à être jetés sur le pavé, puis réembauchés un par un permettant ainsi à la direction de séparer le bon grain de l’ivraie. Cinq cents copains ne furent pas repris. À l’époque, vois-tu, adhérer à un syndicat, ce n’était pas rechercher la sécurité. Le syndicat, c’était une conviction, c’était un combat.
 
   Puis il y eut 68. Comme beaucoup d’autres, je pensais que cette fois il se passerait quelque chose d’irréversible. Certes, j’étais méfiant vis-à-vis des étudiants, des jeunots trop bavards qui ne savaient pas toujours de quoi ils causaient, mais c’était insupportable de voir les coups de matraque qu’ils prenaient sur la gueule. Dix millions de grévistes ! C’était tout du même beau ! Mais tout de suite les premières failles sont apparues dans mon syndicat. L’ambiance vira au vinaigre puis à l’affrontement. Mon 68 tourna en eau de boudin. – « Mais qu’est-ce que tu as fait ? » - « Ce que j’ai fait ? J’ai gueulé ma réprobation contre mes propres dirigeants  syndicaux… J’étais contre la reprise, d’ailleurs j’ai failli me faire hacher tout cru après ma balade à Charlety avec les « gauchistes »… « Tout à foiré… J’ai déchiré ma carte après dix-neuf ans de syndicalisme, ça m’a fait mal, vraiment mal ».


   Reprenant avec force sa respiration, il alluma une cigarette avant de poursuivre : « Je ne fus pas le seul à ne pas l’avoir reprise. Je ne pardonnerais jamais au syndicat sa trahison, ni aux camarades leurs « caméléonisme ». – « Tu penses vraiment que le syndicat nous a trahis ? » - « Oui ! on ne brade pas une force aussi énorme en la balançant sur un tapis vert. En 68, nous étions les plus forts ! Augmentations de salaires ? Cette grève allait bien au de-là de la simple revendication économique. Enfin dix millions de grévistes dis… c’était mieux que 36, non ? C’était 53, 47, 36, 1871, 1848… tout ça réuni ! Nous étions capables d’une nouvelle commune, et celle-là, réussie, durable. Les syndicats, les partis qui se disent représentants, défenseurs de la classe ouvrière nous ont « couillonnés » en passant sous la table le vrai problème posé à ce moment-là, à savoir la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme.

   Qu’on ne reproche rien aux « jeunots », ils ont fait ce qu’ils ont pu. La défaite ne vient que de nous. N’oublie pas, Jean-Pierre, que lorsque j’ai adhéré en 47, il était et il est toujours inscrit dans les statuts de la CGT qu’un des objectif à atteindre est « l’abolition du salariat ». tu l’as vue la CGT en 68, elle réclamait une augmentation de salaires, donc le maintien du salariat ! Elle a même eu le culot de nous faire croire que la situation n’était pas mûre.

   La vérité, c’est que les syndicats, les partis ne voulaient pas d’une révolution.




Ghjuvan Petru Graziani, di Nucariu, scrittori, illustratori ed editori, hè un anzianu uparaghju spertu in mitallurgia di Renault Billancourt. Tandu, era impignatu in a Fédération anarchiste è in u Groupe anarchiste Renault (GAR). U GAR era prisenti sopr’à tuttu in u dipartimentu di l’usina chjamatu "l’artillerie" (postu ch’edd’era quì chì, duranti a Siconda guerra mundiali, erani custruiti i panzer à contu di l’armata nazista). In u 70a, Ghjuvan Petru hà scrittu à u Monde Libertaire è ancu à u biglittinu Prairial, publicazioni di u Groupe d’Etudes Sociales Renault (GESR). U gruppu anarchistu di Renault fù à l’iniziu di a greva di maghju 1973 chì durò trè sittimani "avant d’être récupérée par les staliniens de la CGT et les trotskistes de Lutte ouvrière". Fù da "l’artillerie" ch’edda scoppiò a greva, quandu, inveci chì a CGT prupunia una greva di 24 ori è basta, Ghjuvan Petru Graziani feci un parlamentu da cunvincia l’uparaghji di mova una greva illimitata. In 1986, cù Un ciel de fer (rumanzu, Ed. Cismonte è Pumonti), ci parla di a cundizioni uparaghja in l’usini di Francia è di u cumbattimentu soiu pà a dignità.
In 1977, criò a casa di dischi Vendémiaire. In 1978, publicheghja l’assaghju di Rinatu Coti, Intornu à l’essezza, in a cullizziò Paroli Sciolti. Pocu dopu, fundarani tremindù a casa d’edizioni Cismonte è Pumonti.
Di a so attività criatrici diviziosa, emu ritinutu Frombu (figuretti, 1984), La vie au bout (nuvelli, 1988), L’Affacchi (Figuretti, illustrazioni, 1989)

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