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AVALI avali, a rivistablog primurosa di u spannamentu di a pruduzzioni litteraria corsa d’oghji, ma à tempu locu di baratti è di critica suciali.

Dégueuler

marceddu


2153908291 1 Tu as beau dire mais des fois au milieu de l’été il te prend souvent l’envie de dégueuler, de rendre le trop plein en faisant du bruit ;

Le trop vu, le trop entendu.

L’envie de t’arracher les tripes, te couper la langue, de te crever les yeux et les tympans.

Et puis rester comme ça au bord de l’eau, impudique , à te laisser mordre par le soleil .

Au début, c’était quelques années après que les allemands étaient partis ;

Au début il y a eu les allemands , et après, les américains.

au début donc , ils se couchaient sur les plages près de la mer.

ils restaient là l’été, c’était leur morceau de paradis.

Ils parlaient de langoustes , de corail.

Au début.

Avant de partir ils achetaient des bibelots, de l’alcool et du tabac. Ils avaient des voitures, ou pas, des sacs à dos, des motos des valises.

Ils disaient que c’était beau, qu’on avait de la chance d’habiter ici. De la chance !

De la chance.

Des bateaux les emmenaient  aux beaux jours, ils partageaient le pont avec les nôtres venus des grands ports de Méditerranée où de la capitale.

Quand ils traversaient les villages les gens leur offraient des légumes quelquefois du fromage.

Les regardaient les chiens et les enfants.

On les invitait à table, comme ça.

 

Ils parcouraient les routes de l’intérieur, timidement, avec des autos reconnaissables, s’arrêtaient un peu ; 
ils  photographiaient  des choses dérisoires. Se baignaient près des ponts. On les croisait dans les sentiers de montagne ou sur les plateaux.

 

Ils demandaient souvent leur chemin.

Nous on leur parlait, fier de ce que nous étions et de la terre qui nous portait.

Inexorablement les plages se sont remplies de corps allongés.

Doucement, comme une marée inversée.

Quelques uns sont restés. Comme les nôtres les plus vieux sont venus passer leur retraite.

Doucement ils sont remontés des plages en suivant les fleuves, les rivières et torrents, et les ruisseaux jusqu’aux crêtes et aux monts au-dessus des villages. Ils ont nagé loin, profond, jusqu’à découvrir des montagnes sous la mer. Ils ont pénétré tous les espaces, plus que les bêtes sauvages.

Maintenant Ils veulent tout voir, tout savoir, venir chez nous.

Avoir des amis.

Au début ils se contentaient de saucisses, de guitares, ils veulent désormais goûter à notre culture, à notre savoir faire, à notre savoir être.

Ils veulent embrasser la pute.

Ils suivent nos processions et rêvent de revenir.

D’acheter quelque chose.

Ils disent même qu’ils veulent mourir et être enterrés ici .

On y a jamais penser à aller se faire enterrer ailleurs nous, non ?

Oui ,il y a eu grand-père , à Verdun .

 

Une île c’est comme une chair, il y a un dedans et un dehors, un plein et un vide, un espace et un clos, de l’espace et de la bousculade. De l’amour et de l’indifférence. 

Un sentiment d’enfermement ou de liberté. Un sentiment d’étouffement aussi.

 

D’air infini, plus rarement.

On dit aujourd’hui que les gens débarquent par millions.

C’est  possible de transporter des millions de corps comme ça dans des ferries ?

Comment offrir l’hospitalité ? nous n’avons même plus assez, d’eau plus assez de fruits.

 J’en sais rien.

Il nous reste plus que la terre à leur vendre.

Quelques uns au passage viennent s’y noyer, mourir sur la route ou en montagne. Ça fait moins d’agitation dans le bateau de retour. Mais tout cela est si dérisoire.

Tes voisins quittent leur maison pour pouvoir la louer en été, c’est ça la transhumance contemporaine.

 

Là où tu posais ton cul dans le sable il y maintenant une baraque à sandwiches, là où tu tirais ta barque il y a une villa, de toute manière la plage est  maintenant trop courte. Tu ne vas plus te baigner ici , ni là- bas, tu peux pas . De toute manière y a pas de place pour se garer. 

Tu ne reconnais que les îlots restés en mer.

 

Si on m’avait dit que j’allais  finir ma vie dans un parc d’attractions….

J’aurais jamais cru que la mer à ce point nous trahisse.

Est-ce que je suis toujours sur une île ?

 

Gilles zerlini

Commentaires

iviu 26/02/2010 09:23


magnificamente e disgraziosamente veru