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AVALI avali, a rivistablog primurosa di u spannamentu di a pruduzzioni litteraria corsa d’oghji, ma à tempu locu di baratti è di critica suciali.

Étranges étrangers

Marceddu

la-croatie-enfants-roms-et-femmes-t13134.jpgEn réponse aux déclarations discriminatoires de Nicolas Sarkozy et de ses proches à l'encontre des "Français d'origine étrangère" puis des Roms.

 

 


Étranges étrangers



Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel

hommes de pays loin


cobayes des colonies 


doux petits musiciens


soleils adolescents de la porte d'Italie 


Boumians de la porte de Saint-Ouen 


Apatrides d'Aubervilliers 


brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris 


ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied 


au beau milieu des rues 


Tunisiens de Grenelle


embauchés débauchés 


manoeuvres désoeuvrés


Polaks du Marais du Temple des Rosiers 


Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone 


pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère


rescapés de Franco


et déportés de France et de Navarre


pour avoir défendu en souvenir de la vôtre


la liberté des autres



Esclaves noirs de Fréjus


tiraillés et parqués


au bord d'une petite mer


où peu vous vous baignez


Esclaves noirs de Fréjus


qui évoquez chaque soir


dans les locaux disciplinaires


avec une vieille boîte à cigares


et quelques bouts de fil de fer


tous les échos de vos villages


tous les oiseaux de vos forêts


et ne venez dans la capitale 


que pour fêter au pas cadencé


la prise de la Bastille le quatorze juillet



Enfants du Sénégal


dépatriés expatriés et naturalisés



Enfants indochinois


jongleurs aux innocents couteaux


qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés


de jolis dragons d'or faits de papier plié


Enfants trop tôt grandis et si vite en allés


qui dormez aujourd'hui de retour au pays


le visage dans la terre 


et des bombes incendiaires labourant vos rizières


On vous a renvoyé


la monnaie de vos papiers dorés


on vous a retourné


vos petits couteaux dans le dos 



Étranges étrangers



Vous êtes de la ville 


vous êtes de sa vie


même si mal en vivez, même si vous en mourez .

 

 

 


Jacques Prévert. 1955.

Commentaires

Windows 7 Tips to Change Wallpaper and Rainmeter 13/01/2015 11:08

I appreciate the efforts. In response to discriminatory statements of Nicolas Sarkozy and his family against the attacks, the government has responded quite fast this time. It was interesting to know the manner in which the series of events unfolded.

santelli pierre laurent 31/08/2010 19:45


LE MONDE // Chronique d'abonnés

Lettre ouverte au président de la République
par Jacques Hochmann, professeur émérite de psychiatrie à l'Université Claude Bernard ( Lyon).

18.08.10


Monsieur le Président,
Comme vous je suis un fils d'immigré (polonais, en ce qui me concerne). Mon père est venu étudier en France, en 1925, il est retourné se marier au pays, en 1932. Je suis né en France, en 1934 et
nous avons, mes parents et moi, été naturalisés français, en 1936, sous le Front Populaire.

Bien que mon père, ingénieur dans une usine métallurgique, ait participé à l'effort d'armement de la France et ait toujours été respectueux de la loi, nous avons, en 1942, en tant que juifs, été
déclarés déchus de la nationalité française par le Gouvernement de Vichy, et, de ce fait, mis en danger immédiat d'être arrêtés et déportés. Nous n'avons dû la vie, comme beaucoup d'autres juifs
résidant en France, qu'au dévouement et parfois à l'héroïsme de ceux qui, alors, nous ont cachés et aidés, en nous procurant de faux papiers et en nous hébergeant.

> >
> Vous êtes né après cette sombre époque. Vous n'avez pas connu, dans la presse et à la radio, le déchaînement de la haine xénophobe. C'est la seule excuse que je peux trouver à ce que j'oserais
appeler votre irresponsabilité, si je n'étais tenu au respect par la haute fonction que vous incarnez.
> Vous n'êtes pas seulement, en effet, le chef d'une majorité qui conduit une politique choisie par les électeurs. Vous occupez une place symbolique, que reconnait la loi, en vous déclarant au
dessus d'elle pendant la durée de votre mandat. En se dotant d'un Président de la République, en décidant, il y a presque un demi-siècle, de l'élire au suffrage universel, pour renforcer son image
et son pouvoir, le Peuple souverain s'est cherché à la fois un guide à moyen terme et un arbitre transcendant les passions populaires.
> Celles-ci sont promptes à s'échauffer, en particulier dans les périodes de crise économique, comme celle que nous traversons. La passion conduit à l'abolition de la réflexion, au passage à
l'acte, à la décharge immédiate des désirs les plus primitifs. Quoi de plus passionnel, de plus irréfléchi et de plus primitif que la haine ou la peur de l'étranger. Surtout, s'il vit parmi nous,
s'il s'infiltre à travers des frontières, érigées pour nous protéger, s'il viole ainsi continuellement le sentiment du chez-soi, l'étranger, quoi qu'il fasse ou ne fasse pas, est, en lui-même, une
source potentielle d'insécurité. Il engendre inévitablement, dans les sociétés humaines archaïques comme dans les sociétés animales, la violence.
> Dans les moments difficiles, il devient le bouc émissaire. Le Juif, le Romanichel et aujourd'hui le Noir ou le Beur, quelle que soit sa nationalité formelle, incarne ainsi, en lui-même, le
danger voire le mal, indépendamment de son comportement objectif.
> Il suffit de lire actuellement les commentaires des internautes et de suivre les sondages d'opinion pour s'assurer du large écho positif rencontré par vos propositions de Grenoble et par leurs
applications immédiates. Vous surfez sur une vague porteuse. Mais c'est justement ce qui m'inquiète. L'histoire n'est pas avare d'exemples qui montrent jusqu'où peut conduire le débordement
passionnel et avec quelle facilté peut craquer l'enveloppe de civilisation qui tente de les contenir, en s'appuyant sur les valeurs de solidarité, de tolérance et d'hospitalité qui font partie
aussi de l'héritage humain.
> Par delà votre personne, vous êtes le représentant de ces valeurs, vous avez pour mission, et vous l'avez rappelé dans un de vos anciens discours, en citant Edgar Morin, de faire œuvre de
civilisation. Un Président de la République doit renforcer le sentiment de sécurité en faisant un travail de pédagogue (ce qu'avait fait votre prédécesseur François Mitterand, en demandant au
Parlement d'abolir la peine de mort, contre le sentiment prévalent dans la majorité de la population).
> Les réponses au jour le jour que vous donnez, avec la fougue qui vous caractérise, aux problèmes actuels d'insécurité sociale, économique et d'ordre public, n'ont rien de rassurant. Vous avez
déclenché, justifié par avance, des réflexes sociaux que vous risquez de ne plus maîtriser. Le Front national se réjouit de voir valider, au plus haut niveau de l'État, certaines de ses
propositions.
> Comble d'ironie, c'est d'un pays sans grande tradition démocratique, la Roumanie, où, comme d'ailleurs en Hongrie et en Bulgarie les Roms n'ont jamais joui d'un statut enviable, que vous
viennent aujourd'hui les accusations de populisme et l'appel à une réflexion plus calme et plus inscrite dans la durée.
> Veuillez agréer, monsieur, le Président, l'expression de la haute considération dans laquelle je tiens votre fonction
>