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AVALI avali, a rivistablog primurosa di u spannamentu di a pruduzzioni litteraria corsa d’oghji, ma à tempu locu di baratti è di critica suciali.

Souvent conquise, jamais soumise ?

marceddu


 


 

2431176617 1Quand j’étais enfant, le dimanche était toujours d’une immobilité délicieuse. C’était un jour lent, paresseux, à savourer comme une pause bienvenue avant de retourner au charbon le lundi matin : c’est-à-dire à l’école pour nous autres enfants, au travail pour les adultes. Il y avait deux sortes de dimanches : ceux passés au village et les autres, en ville. Mais en général, nous nous retrouvions en famille à essuyer la sauce dans nos assiettes. Le plat de ce jour-là, allez savoir pourquoi, quelque que soit la saison, c’était la pasta asciuta.


Dans la rue, après les pâtes, j’allais retrouver les copains et nous partions, à pied ou en bicyclette sur le port. On recherchait des bouteilles de bière abandonnées que nous lancions à l’eau pour mieux les exploser à coup de pierres. Il me semblait alors que la ville nous appartenait. Le seul commerce ouvert était une station-service sordide, au fin fond de la jetée du port de plaisance, qui vendait des bonbons, des barres chocolatées et des revues pornos. Le retour se faisait par des rues tranquilles, désertes, la bouche emplie de sucre et la tête pleine de seins et de fesses offertes aux caprices de notre imagination.

 

Il y a peu, les salariés d’une grande enseigne de la distribution d’Aiacciu se sont mobilisés pour réclamer leur « droit à l’ouverture dominicale ». le Corse-Matin du jeudi 18 novembre 2010 précise que « la pétition émise par le personnel de l’entreprise a déjà enregistré sa 1 643e signature en l’espace d’une petite semaine ».

 

Outre la question du droit des salariés (et la remise en cause, une fois de plus de victoires durement acquises au nom du progrès social), c’est l’idée de vivre dans un flot ininterrompu de productivité et de travail qui me gêne. Quel espace restera-t-il hors du consumérisme ? L’introduction, en vue de « doper la croissance française », de mesures qui nous encouragent à dépenser me laisse un goût amer dans la bouche. À ce sujet, l’actuel président de la République, Nicolas Sarkozy, évoque avec enthousiasme ce qu’il considère comme un droit absolu : les Français doivent pouvoir être libre de travailler plus. Les Français ont le droit d’améliorer leur condition en travaillant le dimanche. Il serait injuste que les Français ne puissent jouir des fruits de leur travail, en famille, dans les centres commerciaux, dimanche compris.


Mais qu’est-ce qu’il peut y avoir de transcendant à mener sa famille au Dénicheur, un dimanche après-midi ? Est-ce que la déambulation hallucinée dans un entrepôt sur éclairé peut être pour quiconque un « moment familial privilégié » ? Faut-il vraiment acheter des paquets de 20 bougies « mystère d’Orient » au jasmin et de vilains dessous-de-table pour avoir le sentiment d’avoir passé un dimanche heureux ?


Le capitalisme s’emploie déjà à nous faire produire plus (de produits imbéciles) pour que nous achetions plus (de produits imbéciles). Poursuivre sur cette voie ne me paraît pas constituer une solution à long terme.

 

Pour ma part, je considère la culture consumériste, et ses prétentions totalisantes, comme une intrusion étrangère dans notre mode de vie. Icônes corruptrices de l’âme humaine, l’argent, la consommation nous font subir (avec notre consentement bien souvent) un processus de déshumanisation, processus d’autant mieux observable chez les jeunes générations qui ne conservent pas le souvenir d’une « autre » vie, d’autres dimanches). La somme des relations entre les femmes, les hommes, les enfants, le monde, sont ramenées à la maîtrise d’un marché. Notre temps libre est déterminé par les seuls, au profit des seuls intérêts économiques. Le confort, l’efficacité, l’utilitarisme forcené, l’indifférence hostile, le manque de liberté dans un cadre démocratique, voilà ce qui caractérise la société post moderne. Mais comme le capitalisme de marché est également le garant de notre sécurité, nous détournons les yeux.

 

Pourtant, force est de constater que la Corse est devenue en peu de temps une terre d’élection de la très grande surface de vente. Les hypers, les zones commerciales surdimensionnées font désormais partie intégrante de notre tissu social et il serait trop facile de n’y voir qu’un processus de « francisation ».


Car si le syndrome de l’hyper consommation a conquis l’île, ce n’est pas en raison d’un « complot de l’Etat français pour en pervertir la culture et son peuple de résistants ». Cela s’est fait de l’intérieur. Les Corses surconsomment car ils aiment ça. Les Corses aiment à afficher des signes luxueux de réussite matérielle (même si elle est souvent feinte), ils aiment aller à Euro Disney et s’en vanter, ils ne se séparent plus de leur I phone, c’est important, mais  ici personne n’est assez occupé pour en avoir vraiment besoin, alors il permet de télécharger des applications reproduisant de sonores flatulences.


Voilà les valeurs suprêmes pour tout Corse qui se respecte.

 

Quand j’étais enfant, le dimanche était toujours d’une immobilité délicieuse. C’était un jour lent, à savourer comme une pause bienvenue avant de retourner au charbon le lundi.


Ce dimanche-là, j’ai voulu en retrouver les parfums perdus. Promeneur sans but, j’ai piétiné les débris de souvenirs épars, du port à la rue Fesch. Au détour d’une rue, sur un mur qui venait d’être rafraîchi, une inscription, habilement calligraphiée, rouge et affirmative, m’a paralysé : La Corse, souvent conquise, jamais soumise…

 

 

Marcel Jureczek

 

 

 

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Commentaires

Marco Biancarelli 19/01/2011 23:22


Torra un testu putenti, è ghjustu.

È scrittu cù talentu. Un pezzu d'un prughjettu à vena ?


20/01/2011 13:02



Saluta O Marcu. Prughjettu ? Innò, mancu stampa. Inveci, sentu u bisognu di lacà d'accantu 'ssu versu meiu, quiddu di l'assaghju è di a cronaca, da vultà à a finzioni, à a nuvella è masimu à u
rumanzu. Bramu di ciuttammi in calcosa di più "longu".



Yolande ZICCHINA 18/01/2011 22:27


Pe Marceddu
Saluta e Pace a tutta a famiglia.
Je lis tes articles du blog.
Le dernier sur le travail du dimanche résume tout à fait la situation, à mes yeux du moins car chez moi c'était pareil et j'ai fait la m^me chose avec ma fille.
Mà u mondu e pazzu
A prestu
YZ